Hurler de douleur, seul, au fond de soi

(Suite du témoignage de Bruno, 58 ans)

Avec le côté zèbre, dont je n’avais pas conscience, j’interprétais les petites choses entendues bien plus qu’il n’aurait fallu. La « vraie vie » ne manquait pas de me rattraper, les copains d’école qui savaient que j’étais adopté m’envoyaient sans méchanceté calculée des mots qui me blessaient, la voisine murmurait que l’état d’enfant accueilli, accepté, intégré, n’était pas ce qu’on voulait me faire croire et que je restais un enfant adopté. C’était sûrement des morceaux de vies où chacun se posait ses propres questions et posait ses angoisses, sans être malveillant vis à vis du charmant bambin aux yeux clairs. Mais dans le silence ou dans les mots, la vérité était toujours remise en question. J’ai grandi dans une famille stable et aimante, mais je doutais de tout, et du statut de fils aîné et aimé, je passais subitement à celui de l’enfant hébergé, pris en charge. Toute ma vie, la zébritude a rajouté du doute aux doutes.

Bruno surdoue temoignage-11

Enfant, je me revois régulièrement la nuit, pleurant seul dans mon lit, hurlant au fond de moi de douleur et de désespérance, car je ne savais pas qui j’étais ; j’étouffais mes cris en mordant fort dans mon oreiller, je ne voulais pas que mes parents entendent, je ne voulais pas leur faire de peine. C’est fou comme système quand j’y repense…
Je pleurais en essayant de gérer mon problème seul, sans parvenir à trouver la solution.

En terme de scolarité, je n’ai jamais vraiment travaillé. Je suis arrivé en CM2 avec de l’avance, mais je l’ai redoublé : j’avais des résultats moyens et je manquais probablement de maturité. Ensuite le collège ne s’est pas trop mal passé, mais j’étais plutôt dans le dernier tiers de la classe, souvent en marge et avec des problèmes de comportement. Je me souviens que j’avais des difficultés de concentration et de mémorisation. Dans les années 60, l’éducation était moins ouverte qu’aujourd’hui et c’était mal toléré de rêver en classe et d’avoir son attention parasitée…

2 réponses à “Hurler de douleur, seul, au fond de soi

  1. Je ne sais pas si c’est propre aux HP, bien que le QE soit influencé par le QI, mais j’ai souvent aussi ce sentiment de hurler de douleur au fond de moi. Ces derniers temps lorsque ça m’arrive je vais dans un champ pas très loin et je crie à haute voix, parfois ça aide…

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  2. Je viens de découvrir ce blog et ce témoignage de Bruno dont le titre seul m’a fait frémir… de reconnaissance, dans tous les sens du terme.

    Ma mère était sans doute surdouée, mais d’une génération et d’un pays où le mot n’existait pas, mon fils l’est mais je ne m’étais jamais interrogée sur ce curieux gêne qui aurait sauté une génération, la mienne. Comme Djooul, je ne suis pas sûre que l’extrême douleur, l’extrême solitude intérieure soient une caractéristique systématique ou spécifique aux zèbres.

    Mais pour ma part, c’est quelque chose qui m’a dévorée, brûlée vive pendant les 48 premières années de ma vie. Malgré quelques psychothérapies qui m’avaient aidée mais jamais libérée vraiment de ces crises d’angoisse terrifiantes.
    La douleur d’être et le sentiment de solitude, de décalage, étaient si forts parfois tout au long de ces longues années, qu’il m’arrivait de hurler à voix basse, blottie sur le sol, contre un mur. Cette souffrance me donnait la sensation d’être un animal, de ne plus être vraiment humaine. En moi, je hurlais comme un loup, déconnectée de toute humanité. Un jour, j’ai osé (Oh! Zé!) en parler à une amie, puis 2… elles m’ont proposé de les appeler quand je me sentais basculer dans le monde animal… j’ai commencé à le faire et j’ai découvert alors que pouvoir être en lien avec quelqu’un de bienveillant et aimant , au moment de ces crises affreuses, me permettait de rester « humaine » de maintenir la souffrance dans des limites plus supportables. L’amitié et la parole m’ont littéralement sauvée ainsi qu’une autre psychothérapeute, rencontrée bien trop tard dans ma vie, qui ma appris à écouter, reconnaître, comprendre mes émotions, et ce que je ressentais dans mon corps.

    Depuis, je crois bien que je suis une zèbre heureuse, enfin. Avec 4 décennies de retard, je réalise peu à peu tous mes rêves. Je travaille dans l’accompagnement (dans « l’humain », donc… lol), je me sens bien, épanouie, solide la plupart du temps, au gré des épreuves que la vie nous glisse sous les pieds. J’ai compris et admis, sans jamais jusqu’à cette année avoir mis un nom sur ma « différence », que j’étais une personne singulière, dotée d’une sensibilité peut-être plus intense que la moyenne – s’il existe une norme en la matière – et de talents multiples qui ne font pas de moi quelqu’un de supérieur à qui que ce soit d’autre… juste différente? Ce qui est difficile encore, parfois, dans les activités collectives, c’est de ne pas paraître volontairement celle qui est « la meilleure », la plus ci ou la plus ça. J’ai appris à me taire, à laisser de la place aux autres, simplement, sans en souffrir. C’était plus douloureux dans le monde du travail alors j’ai créé ma propre activité et je ne suis plus confrontée à ces problèmes d’envie, de jalousie et même de méchanceté.

    Voilà… je n’aurais jamais cru que j’écrirais tout cela un jour… dans la petite zone « commentaire », sans doute pas prévue pour un si long texte, d’un blog encore inconnu hier. Je me sens une survivante. Profondément heureuse de vivre désormais même si ma « vraie » vie de zèbre libre aura été singulièrement écourtée par ces années sombres où j’étais dans l’ignorance de moi-même.
    Merci au zèbre mâtiné d’ours qui m’a transmis ce lien.
    Et au créateur de ce blog sensible, drôle et généreux.

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