Delphine – 36 ans (Témoignage complet)

Le témoignage complet de Delphine est le 5ème publié sur Oh Zé !, et il marque l’ouverture du blog vers des profils plus atypiques. Parce que finalement, la douance, c’est un iceberg. On commence à bien connaitre la partie qui dépasse : pléthore de livres, spécialistes, blogs, vidéos, articles expliquent les caractéristiques et les spécificités. Mais ce n’est que la partie émergée.

Mais au plus j’avance dans ces interviews, au plus je perçois combien l’essentiel de ces profils est difficile à expliquer, à formuler de façon synthétique et rationnelle. Respiration des énergies ? Connexion au sens du monde ? Mal-être intime ? Lien au cosmos ? Ressenti de la vibration du vivant ? La partie immergée des HP, ou zèbres, ou peu importe dépasse la seule étiquette « d’hypersensible », qui est la plus acceptable selon les critères actuels de nos sociétés occidentales. C’est un avis très personnel bien sûr ! D’ailleurs beaucoup de surdoués sont eux-même très cartésiens et réfutent tout ce qui est de l’ordre de l’ésotérique ou de l’énergétique. Mais je commence à ressentir, de façon diffuse, que le bonheur des zèbres est lié à leur façon d’accueillir et de cultiver ce pan de leur fonctionnement.

J’en profite pour vous partager une citation qui m’a marquée, de la touchante Tokue, 70 ans, dans l’excellent film « Les délices de Tokyo« , actuellement en salles.

« Nous sommes nés pour regarder et écouter ce monde. Alors même sans réussir sa vie, on peut y trouver un sens.« 

Bonne contemplation et à bientôt,

Antoine

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Enfin un nouveau témoignage, vive la patience !
Delphine est la première personne que je suis allée voir de but en blanc en provoquant la discussion sur sa douance, que je supposais. Rajoutez à ça que je ne savais absolument pas si elle serait réceptive, si elle était réellement concernée et, pour couronner le tout, que c’était une de mes profs, et vous commencez à avoir une idée du grand moment de solitude que ça a été.
Fort heureusement je ne me suis pas fait jeter, et elle a même accepté de vous livrer son témoignage.

Une précision donc : Delphine n’est pas diagnostiquée, d’ailleurs elle-même ne se définit pas comme une surdouée. Ce sujet ne lui est pourtant pas étranger, comme vous le verrez. Mais qu’elle soit concernée ou pas, il y a de telles similitudes avec le haut potentiel que son expérience ne peut être qu’enrichissante. Et même nourrissante, de mon point de vue. Car après avoir publié les 4 premiers témoignages, j’avais besoin d’aller rencontrer une personne dont les « typicités » avaient été intégrées et épanouies dès l’enfance.
Autre précision pour les âmes sensibles : un des volets de ce témoignage raconte une histoire ahurissante, très violente.
Pourtant, ce que je retiens de cette rencontre, c’est que Delphine est littéralement bourrée d’un grand et solide Amour (notez le grand A), ni malsain ni spécialement religieux, qu’elle cultive, qu’elle génère, qu’elle diffuse, et qui est probablement une clé importante de sa perception des choses et de sa façon de vivre.

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Delphine surdoue temoignage

Je m’appelle Delphine, j’habite à Arles, j’ai 36 ans, je vis en couple et j’ai un enfant d’un an et demi. Je suis libraire, et c’est mon premier CDI ! Je ne suis pas testée. En fait, je ne pense pas être surdouée…
Je ne saurais pas dire qui je suis en quelques mots ! Je suis quelqu’un qu’on pourrait qualifier d’artiste. J’ai eu un parcours d’étude erratique, qui m’a fait passer par différents univers. Je suis la somme d’expériences très variées, très chamarrées.
C’est pour ça qu’il est compliqué de poser une définition, mais globalement, je peux dire que moi ça va très bien, et même de mieux en mieux.

Delphine surdoue temoignage

Mon enfance est peut être le plus intéressant pour ce témoignage. Il y a eu bien des moments où je me suis sentie très différente. Mais j’ai été très bien accompagnée je crois, par ma mère. Quand j’étais petite, j’avais l’impression d’être vieille, au sens « sage ». Quand on me demandait ce que je voulais faire quand je serai plus grande, je répondais « Je veux être vieille », car ça aurait été une façon de faire correspondre ce que je sentais « à l’intérieur de moi » à mon apparence. Ce moment est peut-être la charnière, le moment où j’ai accepté d’être comme les « vieux », les « grands » les « sages », alors que mon corps était celui d’une petite fille. L’image que les autres avait de moi ne correspondait donc pas à ce que je ressentais à l’intérieur.

A l’époque je me trouvais plus mature que pas mal d’adultes : eux étaient capables de mentir, de voler, de tricher, de se tromper eux même (ce que je trouvais être le summum de l’erreur). Je me disais que je ne pouvais pas m’appuyer sur eux, car je voyais bien qu’ils étaient faillibles. Et comme je n’avais pas non plus beaucoup d’amis de mon age, je me suis sentie assez seule.

A quel âge ?
Ma mère dirait que j’ai toujours été comme ça, dès que j’ai pu parler, vers 2/3 ans. Moi je me souviens de ces sensations seulement à partir de mes 6 ans.
J’ai le souvenir par exemple d’avoir vu mon père voler une petite bricole, dans la boutique d’un parc d’attraction, alors qu’il gagnait très bien ça vie. J’ai refusé qu’il me l’offre, ça me choquait. J’ai essayé de lui expliquer, mais cette confrontation, cette opposition à un adulte, était difficile.
Vers mes 8 ans, mes parents ont divorcé, et j’ai clairement vécu leurs jeux de petit pouvoir, leurs manipulations. J’ai essayé d’intervenir là dedans, notamment pour expliquer à mon père que sa colère était mal dirigée. Je lui avait fait une sculpture en terre crue qui représentait sa mère, car j’avais conscience que beaucoup de ses problèmes venaient de sa relation avec elle. Je la lui ai offerte en lui expliquant : « Quand tu seras prêt, je veux que tu brises cette statue, car il faut que tu coupes le cordon. Si tu n’est pas capable de le faire en vrai, fais le symboliquement, fais le pour moi ». Il a pleuré, il a gardé la sculpture qu’il n’a jamais brisé. Je sentais que je souffrais de ne pas être à ma place d’enfant par rapport à lui, et de ne pas pouvoir me placer en tant que petite fille sous la protection de son papa. Vers 20 ans, j’ai arrêté d’attendre qu’il joue pleinement son rôle auprès de moi. Comme une acceptation de ses limites, j’ai cessé d’attendre de recevoir ce qu’il ne possédait pas. Ce fut un vrai deuil, puis une partie de ma souffrance est partie.

A cette période de décalage avec les gens de mon age, entre 9 et 14 ans j’avais besoin d’être avec des adultes vivant en harmonie avec eux même. Ma mère m’emmena donc dans des cours de yoga et de méditation. J’avais déjà essayé le Taï-Chi-Chuan, et j’adorais ça. Dans ce nouveau groupe, mon age ne posa de problème à personne. On parlait aussi de philosophie. J’étais à la fois considérée comme la cadette et respectée en tant que personne. Cela me convenait pleinement et nourrissait mes deux consciences : « vieille » à la différence de mon enveloppe corporelle ; et aussi l’enfant qui aime faire de la corde à sauter.

Delphine surdoue temoignage

J’ai toujours eu une relation puissante avec ma mère. Pendant sa grossesse déjà, elle était en parfaite fusion entre moi, l’univers et le cosmos. Elle communiquait avec moi comme toutes les femmes enceintes le font, et elle avait l’habitude d’aller jouer de l’orgue pour moi, dans l’église de Montargis. Effectivement les vibrations de l’orgue ça doit être pas mal quand on est dans le liquide amniotique ! Bien plus tard, un jour d’orage lorsque j’étais adolescente, je me suis retrouvée enfermée dans cette église. Par hasard, il y avait un cours d’orgue, pas spécialement bien joué, mais en entendant ce son, je me suis allongé sur les chaises et j’ai eu une sorte de catalepsie. Mon corps était paralysé, j’avais chaud, pas du tout envie de bouger, c’était parfait. J’ai vécu alors un rêve éveillé, j’avais l’impression que l’air était de l’eau, l’eau de la lumière, que tout ça était était de l’amour et que j’étais une partie de cette eau. Je sentais la lumière qui venait à travers les vitraux, qui rentrait dans l’eau et me transperçait moi aussi. J’étais infiniment bien. Et mon mental me parlait en même temps « Alors, on se fait une petite extase mystique ? ».
Ce n’est qu’après cet épisode que ma mère m’a raconté pour l’orgue pendant la grossesse. J’avais eu le souvenir de cette mémoire tissulaire, que j’avais alors ressenti dans toutes mes cellules.

Est-ce cet amour maternel qui m’a permis de m’épanouir dans ma singularité ? Ou peut-être aussi la singularité de ma mère, qui a fait que mes propres interrogations trouvaient souvent un écho bienveillant ? Elle même, à la suite d’un accident de bicyclette, s’est mise à voir les auras des gens : des couleurs, des sphères, autour d’eux et des plantes aussi. Elle n’a pas cherché à la nier ou à éviter. Elle s’est habituée à vivre avec et à être décalée.
Donc dans les moments où je me sentais différente, elle était à même de me comprendre, de m’aider, d’en parler, d’accueillir tout ce que je pouvais dire.
Par exemple un jour, alors que j’avais 5 ans, une énorme armoire normande sur laquelle je grimpais a basculé. J’ai sauté de l’armoire, je me suis retourné, et j’ai vu des anges qui la retenait dans le vide. Je suis sorti tranquillement de la chambre, l’armoire s’est ensuite explosée par terre, recouvrant toute la pièce dans un bruit terrible. Enfin, sauf le grand miroir de la porte, qui s’est dégondé et est resté debout, intact, contre le mur… Ma mère est arrivée en courant, je lui ai raconté pour les anges, ce à quoi elle m’a répondu que c’est une bonne chose. Elle m’a simplement demandé d’éviter de le raconter à l’école.

On était d’accord sur le fait que ce qui était normal pour nous ne l’était pas forcément en dehors de la maison. Je le savais, ma mère aussi…

A l’école, j’étais bonne élève, je ne travaillais pas vraiment mais je faisais en sorte qu’on me fiche la paix. J’étais très attentive, je ne mettais pas le bazar, je n’avais pas grand monde avec qui bavarder de toute façon. J’ai mis très longtemps à avoir des amis. À part une bonne copine, je m’entendais mieux avec les adultes. Pourtant je me me méfiais des professeurs, car je percevais qu’ils n’étaient pas forcément bienveillants. Plusieurs fois en primaire, j’ai subis des réactions agressives d’enseignants suite à ma participation. Alors, sans que ce soit vraiment un problème, je décidais de faire le service minimum à l’école.

Mais je n’avais pas que l’école pour apprendre, car ma mère étant artiste et peintre, j’ai eu très tôt la possibilité d’un enseignement artistique complet : musique, chant, théâtre, danse, sculpture…

J’ai eu aussi le bonheur de grandir à la campagne : je me baladais dans tout l’espace environnant, j’étais copine avec un arbre, la mare, un tertre, une pierre levée… Je me sentais animiste, je discutais avec les arbres, et ça m’apaisait. Depuis toute petite je me demandais pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien. J’étais fascinée par ça. La photosynthèse ok, mais pourquoi ça décide de pousser plutôt que de mourir ? Vivre dans la nature me rassurait, car je voyais bien que la vie allait se nicher dans des endroits improbables, et que justement, tout décidait de pousser. Ça met de la beauté là où on ne l’attendait pas.
C’est surement ça qui m’a attiré plus tard dans la photographie, c’est cette façon de voir la beauté là où on ne l’attend pas, de la voir jaillir.

Comprendre ce qu’est la vie, et pourquoi il y a la vie, me semble être la chose la plus importante.

Mais un jour on coupa les arbres autour de mon village. Une vente de bois. Je me mis alors dans la pire colère de mon existence, je devais avoir 13 ans. J’étais à la fois terrifiée et hors de moi, je me souviens d’avoir pleuré et hurlé. Je voulais tuer ceux qui avaient causé la coupe, et mettre le feu à leur maison. J’ai mis près de trois ans à m’en remettre. Un chagrin d’enfant total, je pleurais chaque jour en passant devant les souches.
Comme cette souffrance persistait, ma mère m’emmena voir un guérisseur. Qui, en une petite phrase, leva un de mes verrous : « Ils ne sont pas sages les grands ». Je pris conscience que c’est ça qui me faisait souffrir depuis toujours. Je commençai alors à accepter ce constat. Et ça me rassura de rencontrer un adulte qui me comprennent vraiment, car je me rendis compte que je pourrai un jour sortir de ma cellule familiale.

Delphine surdoue temoignage

J’étais marginalisée, enfant : végétarienne, fille d’artiste et de divorcés, ce qui à l’époque était assez mal vu.
Une conversation avec une camarade de classe me revient, qui est assez représentative. « Mais alors, vous ne vivez pas avec ton père, ta mère est peintre, alors ça veut dire que quand vous mangez de la viande à la maison, c’est la fête ? » Et moi de répondre « Ben non, on est végétarien ». Je l’ai vue se décomposer… Un gouffre de décalage.
Il y a aussi que ça se « voyait » vestimentairement. Au collège ma mère me laissait porter ses costumes de théâtre, j’adorais celui de la cantatrice chauve : grande robe, chapeau à voilette, grande cape noire, ça passait pour un style gothique. Je mettais les habits que je trouvais beaux, comme une grande robe de gitane. Je pensais que les vêtements griffés avec des gros logos étaient affreux et absurdes, ne devrait-on pas être payé par les marques pour promouvoir comme les cyclistes les grandes firmes ? Je trouvais mes camarades complètement idiots de faire de la pub gratuite. Ça renforçait ma spécificité. Mais ça me faisait plaisir d’être différente, quelque part…

Et puis j’avais beaucoup de soupapes. Il n’y avait pas que l’école, on avait aussi la campagne, les bêtes. J’étais très libre. Quand je manquais d’amis, je commençais une nouvelle activité, sportive, artistique. Ça me suffisait pour rencontrer des gens nouveaux, à me nourrir, à conserver certaines personnes dans mon cercle de contacts. On avait aussi des chevaux. Je montais à cru, j’avais l’impression d’être Pocahontas, et j’étais persuadée que je ne conduirai jamais de voiture et que je vivrai dans la nature toute ma vie !

En cinquième, ma prof d’anglais a déclaré que j’étais dyslexique. En effet, je faisais parfois beaucoup de fautes dans mes copies, en fonction de mon intérêt et de mon état. Je suis donc allée donc voir une orthophoniste. Avec le stress de ce « test », j’ai fait tellement de fautes à la première dictée, qu’elle a appelé une collègue pour lui montrer le résultat. Elles en conclurent que c’était trop grave, que c’était trop tard, irrécupérable à mon âge. J’étais en pleurs : j’étais irrécupérable ! Je suis tout de même allé consulter une autre orthophoniste … pour qui je n’avais rien : j’étais juste tête en l’air. « Tu sais tout, tu sais faire, mais parfois tu ne percutes pas. On peut se voir si ça te rassure, mais tu n’es pas dyslexique ». J’ai passé avec elle des moments détendus, agréables.
Je n’ai pas vu d’autres thérapeutes, sauf plus tard, devenue adulte, à cause d’une agression très violente que j’ai subie, où j’ai failli y laisser ma peau, et dont on parlera plus tard.

J’ai redoublé ma troisième, puis j’ai passé un bac littéraire, option arts plastiques. Après le bac, j’ai suivi des cours à la faculté des Sciences humaines de Paris en parallèle à des cours de chant à l’Opéra de Paris. Concernant la faculté, il s’agissait de cours accessibles seulement aux praticiens, aux professionnels avec plusieurs années d’expérience, et surement pas au bacheliers ! J’ai du avoir un entretien avec le doyen, j’avoue que je ne savais pas comment ça marchait, je sortais de ma campagne… En sortie du bac, je me suis donc retrouvée à engager des études entourée de psychiatres et de médecins. Un énorme champ des possibles s’ouvraient à moi : je m’autorisais à galoper mentalement, à explorer des territoires intellectuels entiers. Je passai mes examens, mais je me rendis compte que je ne visai pas forcément des métiers dans ce domaine. Ensuite j’intégrais la faculté d’Histoire de l’Art, jusqu’au DEA en histoire de l’art antique. J’ai passé plus tard le concours de l’école de photos d’Arles car je trouvais ça intéressant, mais sans jamais avoir fait de photo, je ne savais même pas charger une pellicule dans un boitier. Mais je fus prise.
La photo m’a permis de tout mettre en lien : la danse, les expériences avec les gens, l’histoire de l’art, la sculpture, la possibilité de parler du corps, des comportements, avec en plus les aspects de la technique, de l’artisanat…

Delphine surdoue temoignage 1

Lors d’un cours de culture photo, devant des étudiants

En fait, j’ai toujours trouvé normal de passer d’une chose à l’autre, et mes proches sont aussi dans cette logique de multiplier les casquettes et les expériences.

La conscience de la notion de « surdoué » ne m’est jamais apparue pour moi. Pourtant dans la famille, mon frère a été diagnostiqué par un psychologue assez jeune. Il a appris le japonais tout seul, à partir de la sixième : ça pour moi c’est un surdoué ! J’ai été au courant de sa situation mais c’est bien lui le surdoué, pas moi.
Moi depuis toujours, je sais ma différence, je me sens « vieille ». Mais je ne me suis jamais documentée sur la douance ou quoi, je ne me suis jamais sentie concernée.
Ma mère disait des gens qu’ils sont « branchés » ou non. Dans le sens : ils sont connectés, ils perçoivent l’infini, le global. Je trouve que c’est pas mal comme mot. Quand je rencontrais des gens, si je sentais une sorte de fibre, de sensibilité, ou d’intelligence, je disais « Ah oui lui, il est bien branché ». Ça voulait aussi dire qu’on s’entendait bien, que la communication était facile. On a donc une micro famille de dingues, « branchés », avec qui la communication est facile. Et puis ma mère était très ouverte, la maison était comme un lieu de passage d’artistes, d’amis.

En fait je vois bien les surdoués autour de moi, ceux qui correspondent à la définition que j’en ai : toucher un truc et absorber tout ce qu’il y a savoir, s’intéresser à un sujet et tout de suite en avoir une vision globale, creuser en une demi journée et devenir un spécialiste…

Dans mon cas, je ne suis pas dans l’intelligence au sens « intellect ». Je suis dans une intelligence plus émotionnelle, de compréhension de choses de l’ordre de l’invisible. Le mot intelligent est galvaudé, et je trouve qu’il empêche même de penser toutes les formes d’intelligence. Il considère surtout les matheux et les gens rationalistes à l’extrême. Moi, c’est sûr que je ne suis pas dans cette catégorie. Je me suis renseignée sur les types d’intelligence (voir la théorie de Gardner), et je me retrouve dans 3 autres de ces types, un petit cocktail personnel. C’est peut-être ce qui fait que je ne suis pas à l’aise avec le terme de surdoué pour ce qui me concerne, car ça ne me semble pas légitime.

Je vis bien ma particularité, mais je fais attention à la façon par laquelle je la présente. Je ne vois pas l’intérêt de l’afficher. Dans la relation qui s’établir avec quelqu’un, c’est quelque chose qui « est là », et qu’il n’est donc pas nécessaire de pointer.
Pour mon fils, il semble inévitable qu’il rencontre des enseignants qui ne le comprendront pas, mais je pense qu’on pourra réagir et faire au mieux avec mon conjoint. Il va falloir être vigilants, mais je pense qu’il saura le gérer en douceur à l’école.

Si je dois en parler, je dis que je suis hypersensible. C’est facile, car j’ai la caution artistique derrière. Pratique !
Et je n’ai aucun mal à l’assumer, ce côté hypersensible : quand tu es une nana, artiste, que ta mère est peintre, végétarienne, c’est simplement une évidence et pas du tout quelque chose d’original ! Pour les autres, je corresponds à un package potentiel d’hypie artiste barrée.

Delphine surdoue temoignage

J’ai toujours cherché à être avec des gens comme moi, et ce qui m’a manqué, c’est de ne pas en trouver de mon âge dans l’enfance et l’adolescence.
Aujourd’hui, je me sens toujours différente de la plupart des gens, mais je commence bizarrement à trouver ces personnes très intéressantes. Je m’ennuie moins. Je suis beaucoup plus tolérante, je ne m’énerve quasiment plus quand je suis devant un cas de crétinisme avéré. J’arrête de demander aux gens d’être autre chose que ce qu’ils sont, car finalement c’est très bien ce qu’ils sont. Depuis assez récemment, je suis donc moins exigeante, casse-bonbon tout le temps, élitiste ou intolérante. Avant d’évoluer, j’avais des accès de colère, parce que les gens ne pigeaient pas, que ça n’allait pas aussi vite que ce que je voulais. Ça me faisait enrager : « Mais bon sang pourquoi n’ouvrent-ils pas les yeux ? ».

Ma manière de voir a changé probablement depuis que j’ai eu un enfant. Ma conscience de décalage était là, je vivais ça comme une différence, que je gérais car j’y étais habitué, mais j’ai maintenant un autre stade de compréhension. Je suis vraiment dans la compassion envers ceux qui ne voient pas, qui ne ressentent pas. J’accepte les « limitations » des autres, non pas avec une notion péjorative, mais une acceptation pleine. Je le constate dans mon travail en librairie : je ne vais pas commander que des livres pour des esthètes ou les gens hypersensibles, il faut que tous puissent sortir du magasin avec quelque chose qui leur corresponde.

Delphine surdoue temoignage

Je conserve néanmoins quelques marqueurs de ma « bizarrerie personnel ».

Déjà, je suis végétarienne, depuis l’enfance, même si j’ai parfois mangé de la viande lorsqu’il n’y avait rien d’autre – par exemple à la cantine du collège. Pour moi c’est normal, et c’est de moins en moins stigmatisé par la société, car aujourd’hui le regard des gens a changé. Mais quand j’avais 15 ans c’était beaucoup moins bien compris et on se moquait de moi.

Depuis mes 5/6 ans, je peux sentir les chagrins et les douleurs des autres. Même si c’est comme ça que je fonctionne au naturel, je sais désormais me couper de ce ressenti, comme si je mettais un filtre qui ne laisse passer que les énergies positives.
Les énergies négatives, que j’appelle des « plombes » – parce que ça te plombe ! – et que je peux sentir en moi comme des chagrins ou des colères sortis de nulle part, je les tiens à distance avec de petits rituels. Ça ressemble assez à une prière, faite sur-mesure pour me recentrer.

Avec un groupe d’amis « branchés », nous avons expérimenté et testé plusieurs choses de l’ordre de l’énergétique ou du spirituel. Comme un gros butinage : des retraites bouddhistes, du yoga, des trucs de guérisseurs… Nous avons ensuite fait un mix de ce qui nous semblait efficace et juste, et avons composé pour nous quelque chose de sur mesure. Il y a une part acceptable et une autre à afficher modérément, de cette hypersensibilité dans toute sa dimension. Parler aux arbres et être un peu décalée, ça va. Utiliser les énergies pour guérir, ou avoir une réflexion en groupe, là ça fait plus peur. Je vois bien la limite d’acceptabilité par la société, des conséquences de ma différence. J’en tiens compte. En tout cas je vis bien !

Concernant mes amis, j’ai décidé d’arrêter de m’embêter avec des gens incapables de partager leur amour. J’ai assez eu de potes, brillants manipulateurs, qui prenaient mon temps et mon affection sans jamais rien partager à leur tour. Certaines personnes sont tout simplement douées pour se nourrir de vous. Maintenant c’est fini, je veux un échange de sensibilité. Je ne suis plus une sauveuse ni une thérapeute. J’ai pris le temps d’envoyer paître tous ceux qui jouaient aux parasites et abusaient de ma gentillesse. Pour autant, j’accueille toujours volontiers l’autre sans juger.

Je me sens armée, éduquée pour gérer le conflit que génère ma « hors-normalité ». Par exemple, si quelqu’un m’aborde sur un sujet un peu cliché de mes spécificités, je ne suis pas du tout déstabilisée, je facilite la discussion : « Oui, et donc ? », je suis ouverte à échanger sans aucun problème, et ça ne m’agace pas. J’accepte volontiers l’avis des autres, je m’assume et j’ai trouvé ma place. Je n’ai besoin ni de fanfaronner, ni de faire profil bas.
Si on peut communiquer, c’est formidable, bienvenue ! Si ça ne marche pas, alors que chacun continue sa route, tant pis. Ainsi ça ne me demande pas beaucoup d’énergie, ça se fait en douceur.

Delphine surdoue temoignage

Quand j’avais 20 ans, j’ai été agressée par un homme, un dingue, qui a essayé de me tuer. Comme dans les mauvais films. C’est tombé sur moi, mais ça aurait pu être sur quelqu’un d’autre je pense.

J’étais en forêt, il était en crise, hors de lui, il m’a sauté dessus, on s’est battus, très violemment. J’ai été battue, transporté inconsciente et violée.

J’ai des bribes de souvenir où j’essaie de lui parler, de lui dire que j’existe, que je suis un être humain et lui aussi. Mais sans succès. Je m’en suis finalement sortie car un mec est passée par là, je l’ai appelée au secours. Il a prit la fuite, mais ça a suffit à faire fuir mon agresseur. J’ai alors lentement récupéré mes affaires, éparpillées dans la forêt, et je suis rentrée chez moi, en voiture, en hésitant à me jeter dans le fossé…

Après, il s’est passé tout un process, froid et administratif, avec la police et les expertises. Puis… j’ai guéri. On n’a pas retrouvé l’agresseur, mais je décidai que j’étais vivante et je me suis reconstruite. Ma réponse est de considérer que je suis vivante, toujours en bonne santé, valide, que c’est lui le taré, et moi une survivante pas une victime. Je m’en suis donc sortie toute seule, en refoulant pas mal de choses quand même.

Mais à mes 25 ans, d’un seul coup, j’ai perdu l’audition à droite. Je suis donc allé voir une kinésiologue, qui m’a ausculté, comprit que ce n’était pas ça le problème et mit des mots sur l’agression. Elle me proposa alors une thérapie brève destinée aux traumatisés de guerre, et je sentis que c’était exactement la façon par laquelle j’avais ressenti cette histoire. Une guerre. En 4 séances, j’ai réussi à énormément avancer. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui je peux en parler sans « revivre » le trauma. J’ai aussi offert mon témoignage à une documentariste, Justine Pluvinage, qui travaille sur la résilience (accessible ici).
Pourquoi je partage tout ça ouvertement ? Parce que je milite pour que les femmes n’aient plus honte de dire qu’elle ont été violées.
La honte d’en parler participe du crime.

Il s’agit bien de résilience. Je suis vraiment fière d’être sortie de ça, de pouvoir en parler. Et je me rend compte que c’est une sorte de tabou, que ça gène beaucoup de monde. Personne ne mérite de vivre ça, mais moi je n’ai pas le choix, il faut que j’en fasse quelque chose pour la suite. Je ne me victimise pas. Un peu comme si je me disais « Pas de bol, je me suis faite attaquée par un ours ». Maintenant ça fait partie de mon histoire, j’ai le doit d’en parler, en tout cas je ne le cache pas.

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Si je manque de sommeil, ça va tout de suite mal. Je suis immédiatement triste, tout est bon à jeter à la poubelle. Par exemple ne pas parvenir à m’endormir lorsque je suis enrhumée ou que quelque chose me gène, est comme une torture. Je peux faire des crises de nerfs, me taper la tête contre les murs. C’est peut être ce qu’il peut m’arriver de pire dans la vie. Il me faut vraiment du repos !

Je n’ai jamais eu de dérives. Les seules modifications d’état que j’ai eu, sont dans la danse. Je n’ai jamais supporté l’idée de modifier mon état avec des produits, pas même l’alcool. Ça ne m’a jamais intéressée. Je suis déjà tellement dans des sensations que les autres ne connaissent pas, à voir des choses ou sentir des odeurs que les autres ne perçoivent pas, que si en plus je me mets à prendre des psychotropes, ça tournerait au délire !

En terme de phase down, je me connais par rapport à ça. J’avais des ondulations très marquées lorsque j’étais plus jeune, avec la conscience que ma capacité au bonheur est propositionnelle à ma capacité à la tristesse. Mais en ce moment, c’est une phase bénie. Je me sens aimée, entourée, en connexion au cosmos. Mes phases de down sont donc réduites et faciles à gérer. J’identifie pendant la descente de moral ce qui ne va pas : ça peut être un événement vécu, une maladresse d’un proche… Je n’ai pas de phase d’autodestruction, quand je ne vais pas bien je pleure ou je crie. J’ai ensuite cette espèce d’énergie qui me revient, et hop !, je me remets en mouvement et j’avance.

Je trouve sain et normal les moments de tristesse, mais je suis programmée pour remonter. Ça se déclenche toujours en moi, soit je bouge, soit j’appelle à l’aide ; je reste rarement dans mes problèmes. J’ai peut-être le gène d’une de mes grand-mère qui se répétait tout le temps pour elle-même « Allez, marche ou crève !». A y réfléchir, il y a peut être une part généalogique. Tous des warriors dans ma famille ! J’ai peut être assimilé au contact de ces modèles vivants.

Quand on te dit de serrer les dents, de t’endurcir, ou de ne pas pleurnicher… c’est vraiment des conneries : les soldats de César pleuraient, dans l’Iliade, Ulysse n’arrête pas de pleurer. Il se plaint, il chouine à chaque fois qu’il lui arrive une mésaventure. Et là un dieu arrive et lui arrange la situation. Je pense que c’est mieux d’exprimer son soucis et sa frustration, plutôt que se braquer dessus. Ça lance la communication et permet de régler le problème.

J’ai eu des petites phases d’auto-sabotage, vers la fin de mes études. Le cas où tu sais que tu peux réussir quelque chose, mais au dernier moment tu fais tout ce que tu peux pour que ça foire. J’ai fais ça dans des situations où j’avais des facilités, pour des choses dont je n’avais pas envie. Il me fallait une justification pour que ça ne marche pas, pour m’en sortir j’ai donc saboté artificiellement la relation avec des personnes, pour que ça se finisse.

Ulysse et Calypso

Ulysse et Calypso. « Mon esprit n’est point perfide et je n’ai pas en la poitrine un cœur de fer, mais de compassion. » Ayant ainsi parlé, l’auguste déesse le guida rapidement, et le héros suivait ses pas.

Ma recette pour aller bien?
Aller bien, pour moi, c’est être en harmonie. Un bien-être composé de petites choses.

Déjà, il faut une dose de rapport à la nature. Que ce soit de la ballade, ou de mettre ses mains dans la terre. Lorsque je jardine, je ne sais pas s’il s’agit d’ions ou quoi, mais il y a une décharge physique d’énergie dont j’ai besoin.

Je pratique aussi le yoga tous les jours, le matin, ou le soir, parfois dans la journée, 20 à 30 minutes. Ce peut-être de la méditation, se centrer sur mes battements cardiaques, lâcher prise, ou des étirements, travailler l’équilibre, le renforcement musculaire. C’est très varié, selon le besoin. J’ai appris ça toute petite, et j’ai aussi fait de la danse contemporaine très longtemps, que je continue à pratiquer. Les échauffements sont des bases de yoga. A partir de mon écoute corporelle je vois ce que je dois faire : cervicales, bassin, respiration ? En fonction je me compose un petit mix du jour : quelques postures, c’est très simple.
Une sorte de centrage, aussi simple que boire un verre d’eau si j’ai soif.

Delphine surdoue temoignage

Et puis il y a la danse. Le mouvement et la musique, c’est aller au delà de soi même, s’abandonner. C’est l’extase, au sens « être en dehors de soi ». Si je ne pratique pas, je suis malheureuse. C’est comme si l’intelligence viscérale pouvait trouver une forme plastique. Tout sauf l’intellect en fait : la part animal, les sensations, la respiration, les flux qui vibrent sous la surface de la peau et qui trouvent un chemin. Une vraie libération. Je déconnecte ma tête. Je ne peux pas penser quand je danse, c’est une autre forme d’intelligence.
Je danse pour moi, dans mon salon, quand j’ai envie. Sinon je fais partie d’un petit groupe de recherche chorégraphique, on se voit une fois par mois en début d’année, ensuite c’est plus rapproché car on a des échéances de spectacles de rencontres chorégraphiques, 5 à 6 fois par an, mais très modestement. On échange ensuite avec d’autres danseurs, on partage sur notre pratique. Les niveaux sont assez disparates, c’est très chouette.
La danse, c’est une façon d’être au présent, tu l’incarnes. C’est ça être bien !

J’ai aussi besoin de sommeil et j’arrive à me coucher tôt, jamais après 23h. Le yoga du soir me sert à préparer l’endormissement. Mais surtout, je n’ai jamais eu de problème pour dormir, j’ai une vie onirique hyper riche, le sommeil est un vrai bonheur ! Je dois avoir du mal à m’endormir 4 fois par an, lorsque je suis agitée, j’ai trop d’idées, ou que j’ai le lendemain quelque chose que je n’ai jamais fait.

J’ai eu une période célibataire ou je vivais toute seule, ce n’était vraiment pas un style de vie qui me correspondait et j’avais beaucoup plus de mal à me coucher tôt et à être alignée. Je dois être un animal qui vit en famille – en famille élargie.

Il y a des routines toutes bêtes qui te permettent de cultiver un rapport à la nature : promener son chien par exemple. C’est un moment sans téléphone, sans parole, dehors… tu marches avec ton chien. Tu es simplement dans l’instant présent, tu prends l’air. C’est hyper bien. J’ai souvent eu des animaux, et je ressens leur amour inconditionnel.

Globalement, c’est donc mon style de vie qui m’équilibre, avec toutes ses composantes : y compris nature, écoute et présence à soi, rapport à l’énergie, alimentation, connexion aux autres, pratique artistique.

Pour moi l’intensité n’est pas un forcément un critère de bonheur.
Néanmoins je constate dans le travail qu’il m’en faut un certain niveau. Jusqu’à présent, je n’ai jamais persisté plus de trois ans dans le même emploi car je finissais par m’ennuyer. Il y a une certaine intensité au début lorsque je découvre, surtout dans mon cas ou j’apprends sur le tas. C’est stimulant, excitant. Puis ça retombe et j’ai envie de passer à autre chose.
Mais je n’ai pas besoin de travailler au sens de réussir pour être heureuse. La découverte suffit à mon bonheur.

Delphine surdoue temoignage

Quels retours je peux faire aux personnes qui vont lire ce témoignage ?

Honnêtement, je ne sais pas trop. Je pourrais peut-être dire que quand, en imagination, ça me semble impossible à dépasser : je demande de l’aide. Parfois c’est inconscient, comme cette histoire où j’ai perdu l’audition d’une oreille, et parfois c’est conscient. Si je ne suis même pas capable de me projeter positivement en imagination dans une situation, c’est le signe que là, j’ai un vrai problème. Si je ne parviens pas à me connecter à l’univers, à être absolument en harmonie, en équilibre avec tout, ça me fait comme si je boitais. S’il y a une zone d’ombre dans mon équilibre, ou une situation à laquelle je ne vois pas comment m’adapter, je vais alors chercher une personne pour débloquer la situation. Et une fois que c’est fait, je finis toute seule, c’est à moi de le faire. Comme si je boitais : si ça s’installe, j’en prends conscience, je vais voir un ostéopathe, et une fois que c’est manipulé, c’est moi qui finit le processus de guérison en y étant attentive.

A qui demander de l’aide ?

Ça dépend du problème et quelle genre d’aide on veut demander. Quelqu’un avec une belle écoute ou un praticien. Il suffit de quelqu’un qui donne le petit coup de pouce, pour la résilience ou l’harmonie. Ça ne m’est jamais arrivé qu’une personne vienne me chercher, de son initiative, il ne faut pas rêver, c’est toujours toi-même qui te sauve. Si quelqu’un vient m’aider, c’est que j’ai au moins sorti un drapeau pour signaler ma difficulté.

Et puis dans mon cas, j’ai vécu un vrai traumatisme avec l’agression. Quand tu te relèves de ça, pendant quelques semaines tu as une bouffée de vie énorme, tu es extatique, suspendue, tu n’en reviens pas d’être vivante, tu jouis de chaque instant, tu respires la vie ! Avoir eu à survivre oblige à mobiliser ses ressources pour résister et, paradoxalement fait apprécier la vie. Attention le viol c’est particulier car la société ne te considère pas vraiment en tant que victime, si tu y survis, pas même le corps médical. (Virginie Despentes en parle très bien) J’ai éprouvé que rien ne pouvait me protéger de la mort, ni ma peau, ni la morale, ni la parole, mais je n’avais vraiment pas envie de crever là. Aujourd’hui je sais par quoi je suis passée, de quoi j’ai guéris. Ça me donne une grande confiance en moi. Je n’ai pas de doute sur ma force intérieur. Et je sais maintenant combien la vie est précieuse.

Delphine surdoue temoignage

Concernant l’harmonie et l’équilibre, je ne saurais pas donner de conseil non plus. Je crois à la vertu de l’exemple. J’essaie donc de vivre en étant alignée, et c’est tout. Ma façon de faire ne correspond qu’à moi-même. Donner des conseils sur la façon de tenir et régler un appareil photo ça oui, mais sur des choses aussi complexes que la façon de vivre, c’est difficile. A chacun de se positionner, en fonction des modèles ou contre-modèles que l’on a.

Si on arrive à se considérer soi-même avec la bienveillance qu’on a pour un petit enfant, avec cet amour absolu, se moquer de ce qu’on va faire et à quoi on va ressembler, et qu’on est ouvert à tout ; si on arrive à faire ça, alors on arrive à s’accepter soi-même, à trouver l’harmonie, à s’aimer avec douceur, avec tolérance. Et d’un seul coup on parvient à trouver où on est bien, où on est triste, à trouver son chemin, à sortir des logique d’auto-torture. Si on ne se reconnaît pas, qu’on se sent seul, marginalisé, il n’y a que soit pour arriver à se dire : « Ok, je suis ça, j’ai tel défaut, et je m’accepte. ». Car si on se braque, on y arrive jamais ! En méditation on fait ainsi : si une pensée arrive, tu la regardes passer. Si tu la repousses, tu as tout raté. La seule manière, c’est d’accepter, sentir le vent passer, puis retrouver son axe, avec douceur et tolérance. Ça fait une grande place à l’intérieur. Sinon, dès que la confrontation commence, le mental prend le dessus et tout s’emballe, et ça s’auto-alimente, on se met à souffrir, alors que la situation reste bloquée.

Finalement ça fait une chose que je conseille : de s’autoriser à lâcher, à se plaindre un bon coup, mais il faut que ça conditionne une remontée. Selon moi il y a deux façon de se plaindre : soit pour simplement demander de l’attention, soit pour lâcher ce qu’on a dans le ventre. Si on a pas quelqu’un dans son environnement, disponible pour correctement accueillir son malaise, sa souffrance, sa tristesse, ça me semble normal de s’adresser à un professionnel.

Parfois, on confond cause et symptôme. Je me demande souvent « pourquoi ». Par exemple, « Pourquoi est-ce que je me suis sentie triste ? ». Au premier niveau, tu trouves le déclencheur « Ah ok, je suis triste parce qu’il m’a dit ça, qu’il a été un peu rude, ce n’était pas gentil». Au deuxième niveau, c’est « Mais pourquoi est-ce que je n’ai pas trouvé ça gentil au fait ? ». Et là, souvent, j’ai la cause. Et je me rend compte que l’évènement déclencheur m’a rendue triste à cause de quelque chose qui était déjà là.
Un peu comme quand on se demande pourquoi une situation nous arrive à ce moment là. Je pense que parfois, la vie nous bouscule justement aux moments où on va bien et qu’on est capable de régler quelque chose de plus ancien. Donc dans ces périodes où je vais très bien, je sais que peut-être, va se présenter la possibilité d’aborder un traumatisme d’enfance ou autre chose. Car je suis disponible pour le faire. Et j’essaie de ne pas l’accueillir comme quelque chose de négatif. C’est positif. Au plus le paquet est négatif et lourd, au plus c’est une opportunité de s’alléger.

Je crois que j’arrive à cultiver l’Amour, le ressentir, le diffuser. C’est une de mes clés. Au plus je le vis, au plus il y en a. Et si je ne peux pas dire que j’ai complètement compris ce qu’était le bonheur, je pense modestement que me débrouille pas trop mal. Avec un process constant pour m’alléger.

C’est un peu comme la différence entre une cathédrale gothique et un jardin zen. La cathédrale gothique, tu es sans cesse en train de la restaurer pour qu’elle ressemble à l’état premier, qui était parfait. Le jardin zen, lui, est ratissé tous les matins. Il ressemble exactement à celui d’il y a 4 000 ans, mais il est neuf tous les jours. C’est plutôt ma philosophie. Ça me semble impossible d’envisager le bonheur comme un état immuable, magnifique, figé. Il y aura toujours de la corrosion, des changements. C’est plus facile d’accepter que ce soit différent tous les matins !

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Delphine surdoue temoignage

3 réponses à “Delphine – 36 ans (Témoignage complet)

  1. Bonjour je suis de albaron à côté d arles. Votre histoire me touche et fait écho en moi. J’ai subit divers traumatismes. Viol. Deces tragiques de mes parents. Je serai heureux d’en parler avec vous.
    Votre philosophie de vie me plaît.
    Je vous souhaite beaucoup de lumière.
    Aux plaisirs de se rencontrer.
    Christophe

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