Agression, trauma et résilience

Delphine surdoue temoignage(Suite du témoignage de Delphine, 36 ans)
Quand j’avais 20 ans, j’ai été agressée par un homme, un dingue, qui a essayé de me tuer. Comme dans les mauvais films. C’est tombé sur moi, mais ça aurait pu être sur quelqu’un d’autre je pense.

J’étais en forêt, il était en crise, hors de lui, il m’a sauté dessus, on s’est battus, très violemment. J’ai été battue, transporté inconsciente et violée.

J’ai des bribes de souvenir où j’essaie de lui parler, de lui dire que j’existe, que je suis un être humain et lui aussi. Mais sans succès. Je m’en suis finalement sortie car un mec est passée par là, je l’ai appelée au secours. Il a prit la fuite, mais ça a suffit à faire fuir mon agresseur. J’ai alors lentement récupéré mes affaires, éparpillées dans la forêt, et je suis rentrée chez moi, en voiture, en hésitant à me jeter dans le fossé…

Après, il s’est passé tout un process, froid et administratif, avec la police et les expertises. Puis… j’ai guéri. On n’a pas retrouvé l’agresseur, mais je décidai que j’étais vivante et je me suis reconstruite. Ma réponse est de considérer que je suis vivante, toujours en bonne santé, valide, que c’est lui le taré, et moi une survivante pas une victime. Je m’en suis donc sortie toute seule, en refoulant pas mal de choses quand même.

Mais à mes 25 ans, d’un seul coup, j’ai perdu l’audition à droite. Je suis donc allé voir une kinésiologue, qui m’a ausculté, comprit que ce n’était pas ça le problème et mit des mots sur l’agression. Elle me proposa alors une thérapie brève destinée aux traumatisés de guerre, et je sentis que c’était exactement la façon par laquelle j’avais ressenti cette histoire. Une guerre. En 4 séances, j’ai réussi à énormément avancer. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui je peux en parler sans « revivre » le trauma. J’ai aussi offert mon témoignage à une documentariste, Justine Pluvinage, qui travaille sur la résilience (accessible ici).
Pourquoi je partage tout ça ouvertement ? Parce que je milite pour que les femmes n’aient plus honte de dire qu’elle ont été violées.
La honte d’en parler participe du crime.

Il s’agit bien de résilience. Je suis vraiment fière d’être sortie de ça, de pouvoir en parler. Et je me rend compte que c’est une sorte de tabou, que ça gène beaucoup de monde. Personne ne mérite de vivre ça, mais moi je n’ai pas le choix, il faut que j’en fasse quelque chose pour la suite. Je ne me victimise pas. Un peu comme si je me disais « Pas de bol, je me suis faite attaquée par un ours ». Maintenant ça fait partie de mon histoire, j’ai le doit d’en parler, en tout cas je ne le cache pas.

Delphine surdoue temoignage

Sur la bague : Vénus désarmant Mars

4 réponses à “Agression, trauma et résilience

  1. Félicitations et merci de partager cette force sensible et ce courage. Ça me fait penser aux petites morts que tout le monde intègre ou pas dans sa vie… (En passant, je suis content d’appliquer une voix sur tes témoignages écrits.)

    J'aime

  2. Attitude remarquable, témoignage bouleversant serait un terme galvaudé, mais un témoignage fort et généreux car indispensable. Il y a encore un long chemin à faire pour que la société accepte de prendre pleinement conscience de ces faits insupportables. Merci.

    J'aime

  3. Pingback: Savoir demander de l’aide, et mobiliser ses ressources | Aux Zèbres Heureux·

  4. Pingback: Delphine – 36 ans (Témoignage complet) | Aux Zèbres Heureux·

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s