Douleur insupportable, amour calme : mon expérience de la méditation Vipassanā

Camille surdoué méditation

(Suite et fin du témoignage de Camille, 33 ans – Extrait 3 sur 3)

Les deux premiers stages
Pendant mes années étudiantes, je suis partie en Inde en échange universitaire. Avant le départ, je cherchais un livre parlant un peu de méditation et de spiritualité, et je suis tombée sur celui-ci. C’est amusant en y repensant, car le bouquin est arrivé dans ma main un peu par hasard : c’est ma mère qui l’a sorti d’un rayonnage de librairie. Je l’ai donc emmené dans mes valises et je l’ai lu pendant mon voyage, avec attention. Encore maintenant je le trouve très bien fait pour appréhender la méthode, et donner assez d’éléments pour décider ou pas d’aller participer à un stage.
C’était fin 2005 et ça m’a tellement intéressée que je me suis renseignée pour pratiquer. J’ai trouvé un petit centre, à Calcutta qui proposait des stages et comme cela tombait parfaitement avec mon programme de voyage. C’est ainsi que j’ai fait mon premier stage.

Ça a été 10 jours incroyables.

Pour suivre mon évolution et me souvenir de cette expérience, j’ai pris quelques notes. Je les partage dans ce témoignage, pour que chacun puisse mieux comprendre.

En rentrant d’Inde, j’ai tout de suite cherché à m’inscrire à un nouveau stage et j’ai refait 10 jours en France, début 2006.

En sortant de ces stages, c’est comme respirer pour la première fois, en étant soi-même. Pas vraiment une personne différente, mais simplement vraie, en ayant apuré les faux semblants, les émotions qui polluent, même les émotions positives.

Par exemple la reconnaissance : ressentir de la reconnaissance est agréable, mais rechercher cette émotion peut devenir malsain. C’est souvent inconscient : le corps a besoin d’une sensation, et la réclame. Il commande à ton esprit, conscient ou inconscient, de se conduire de telle façon.

En prendre conscience revient à la philosophie de se connaître soi-même, de rentrer dans son corps.

Pour moi, la puissance que cela représente m’a un peu effrayée, mais m’a aussi apaisée. Au début j’ai craint de ne plus vouloir revenir dans la vie « normale », et seulement rester en moi-même pour ressentir ces sensations incroyables. Ça a vraiment un côté très fort. Tu as envie de le rechercher. Certes, c’est douloureux les premiers jours, lorsque les sensations grossières sont marquées. Au fur et à mesure qu’elles s’évacuent, tu ressens toutes les sensations plus fines qui parcourent ton corps. Une sorte de kif mystique.
L’étape suivante, c’est que ça aussi, ça passe. Le niveau de conscience augmente.
Dans mon cas, je n’ai pas vraiment pratiqué en dehors des stages, car j’ai eu peur de tomber dans le mystique. Mais c’est un de mes objectifs au retour du prochain stage. J’ai maintenant compris que le fait de méditer régulièrement est compatible avec n’importe quelle style de vie.

Notes du premier stage

Jour 1. Je manque de me casser. Je ne sais pas trop où je suis tombée.

On médite 10 heures par jour, j’ai trop mal aux jambes et au dos, c’est tellement long de rester toute l’aprèm assise sans bouger. La douleur est insupportable. Le lit est une planche en bois. La bouffe est une succession de diverses bouillies. Personne ne se parle ni se regarde, c’est plutôt triste.

Jour 2. Je commence à bien respirer. C’est toujours aussi long cette succession d’heures de méditation. Je décroche beaucoup. Et j’ai faim le soir en m’endormant.

Jour 3. Je suis épuisée. C’est dur de se lever à 4h du mat pour aller méditer toute la journée. Mes jambes et mon dos me font quand même moins souffrir et puis maintenant je sais très bien respirer et je sens des petites sensations dans le nez. Je ressens mes narines, un truc de ouf. Cette journée est mieux passé que les deux précédentes. Encore 7 autres.

Jour 4. Réveil très difficile ce matin. Je suis vraiment crevée. J’arrive bien à concentrer mon esprit et je respire très finement. Je reste désormais assise longtemps dans la même position. Ça va. Ce soir je ressens c’est un truc vraiment effrayant. Des vibrations partout partout de la tête aux pieds. Plutôt douloureux. Début du Vipassanā.

Jour 5. J’ai failli craquer encore aujourd’hui. Je me suis réveillée la tête en vrac après la sieste. J’en avais bien marre, c’est vraiment éprouvant d’être enfermée ici. Vraiment dur et fatiguant. Mais je tiens bon. Je suis déterminée.

Mon esprit est tellement calme. Je crois que je commence à le maîtriser. Je peux rester assis immobile sans un geste, sans une pensée pendant au moins une heure à observer les sensations, les vibrations de mon corps. C’est fou toutes ces sensations. J’arrive même à observer dans mes oreilles, sur mon petit orteil, etc.

Jour 6. J’aime de plus en plus ce silence. Tant de calme. De silence intérieur. De paix. Je ressens des flux continus de vibrations dans tout le corps. Je viens à bout de mes douleurs mais physiquement c’est dur. Je ressors hallucinée des séances de méditation. J’ai faim en m’endormant. Globalement ça passe quand même beaucoup plus vite au début. Encore quatre jours.

Jour 7. Réveil très difficile ce matin et après les siestes. Mon esprit divague. Je lutte mais impossible de se concentrer. Reste de la journée : merveilleuses sessions de méditation. J’ai conscience de tout mon corps en même temps. Sans effort je ressens chaque parcelle de mon corps vibrer. Je baigne dans une paix intérieure indescriptible. Aucune pensée. Mon esprit est comme anéanti, écrasé de pureté. Comme rassemblé, concentré, compacté dans un espace minuscule de mon crâne mais jouissant d’une paix total, d’un calme délicieux et d’un champ de conscience absolu sur mon être. Tout a changé !

Jour 8. Qu’il est difficile de se lever le matin ! Les 10 heures de méditation d’aujourd’hui sont passées comme 10 minutes. Quel bien-être ! Je kiffe.

Jour 9. Plus qu’un jour. Je suis bien contente que ça se termine même si c’était une expérience géniale. Que de sensations ressenties ! Surtout un tel apaisement de l’esprit. Et du corps ! Je me sens profondément bien, comme purifiée. Je me sens prête à tout affronter

Vous aussi si vous avez l’occasion, essayez-vous à la méditation. Apprenez à respirer, inondez votre esprit d’harmonie, de calme et de pureté. Sentez le contact de l’air dans la paume de vos mains. Appréciez le silence. Enfin, libérez votre conscience.

Quelle sensation d’infini bien-être. Quelle béatitude. La perfection de la vie immédiate. L’enchantement du présent. Ressentez la clarté, la lucidité. Écouter l’enseignement de bouddha. Suivez la voix du dhamma. Ressentez votre sang couler et vos atomes évoluer. Oubliez peur et colère. Empruntez le vrai de l’amour, du bonheur, de la pureté.

Jour 10. J’ai le cœur grand ouvert. Je déverse tellement d’amour ! Un amour pur, sage, sans retenue, sans attente sans inconstance. Tellement d’amour. J’oublie la souffrance.

Demain matin c’est la fin. Ce que j’attendais avec tant d’impatience. Je suis triste que ce soit déjà fini !

Avant le troisième stage
Je prévois de participer dans quelques semaines à un nouveau stage, en Italie cette fois. J’y vais maintenant car j’ai la chance d’avoir du temps. C’est quand même 10 jours, même un peu plus avec les déplacements, sans téléphone, sans emails, où l’on ne parle à presque personne à part le dixième jour, tout à la fin. Ce n’est pas si évident à organiser !

En terme d’état d’esprit : je suis super contente, mais de manière plus réfléchie et mature que je l’étais pour les stages précédents. Avant, ça m’attirait mais sans pouvoir expliquer pourquoi. C’était plutôt de la recherche de moi-même, l’intérêt de la découverte, la curiosité, l’intérêt de la sensation.
Mais rentrer dans la logique de méditation Vipassanā, c’est une philosophie de vie. La première fois j’avais 22 ans, à cette époque je voulais faire la fête, j’étais un peu dans les extrêmes. Je n’étais pas prête à le vivre vraiment, le pratiquer. Or, aller au bout de l’expérience, cela veut dire pratiquer régulièrement en sortant du stage, avancer dans mon travail sur soi-même, cheminer dans sa façon d’appréhender le monde, de ressentir les évènements, dans son rapport aux autres et à soi-même, à ses émotions et celles des autres, à son ouverture…

Le livre dont je parlais, The Art of Living est très juste, en ce sens, très bien écrit.

Tu penses que tu vas revenir comment ?
Bien je pense.
En étant équanime : bien, sereine, neutre face aux évènements qui se passent, c’est à dire en les voyant tels qu’ils sont. En restant stable, lucide et consciente de ce que je ressens. En observant. Par exemple si quelqu’un me parle et me heurte ou m’agresse un peu, l’observer tout de suite, en prendre conscience. Et ainsi, prendre du recul immédiatement : la sensation agréable ou désagréable s’en ira et comme c’est elle qui génère les émotions, ne restera que la conscience de la situation, en étant prête à accueillir ce qui peut m’arriver.

Ce fonctionnement amène à être une meilleure personne, pour soi et pour les autres, à avoir moins de pensées négatives. A être positif, dans l’action, lucide, sans être pollué par des sentiments qui nous envahissent. Ça amène à être en sécurité, à se sentir bien après. A profiter à tout moment.

Bref, rendez-vous dans un mois !

Camille surdoué méditation
Après le troisième stage

Cette fois-ci j’ai rejoint un centre en Italie, entre Florence et Bologne, un centre très bien. A priori celui de France a été refait, il est très bien aussi.
On était nourris, logés, c’était propre, on a très bien mangé. Des repas végétariens, ça participe de l’état d’esprit. Dans mon cas qui ai déjà pratiqué plusieurs stages, je ne mangeais pas le soir, ça m’a fait beaucoup de bien.
Il y avait une soixantaine de participants, hommes et femmes complètement séparés, ce qui est intéressant je trouve.

Tout ça, ce silence, ne pas se parler, pas de musique etc., c’est pour approcher le silence de l’esprit. Comme l’objectif est d’être concentré et d’affiner son esprit, il faut voir le moins de distractions extérieures possible, pour approcher ce silence et cette concentration là. Ainsi les paroles de l’enseignant raisonnent longtemps dans ta tête. Le soir, il y a un petit film, comme un discours qui donne un peu de philosophie, ça a du sens et ça mérite d’être réfléchit. Si on se parlait entre nous ça nous polluerait beaucoup.

Ce troisième stage était différent des précédents. J’ai eu du mal à me concentrer et à ressentir des sensations dans mon corps comme dans les stages précédents. Quasiment jusqu’à la fin, ça a été assez diffus, pas très précis. Ça a été un peu la guerre en fait : beaucoup de sensations douloureuses, l’impression de me battre avec moi-même. Pas vraiment zen donc, ni la paix.
Souvent j’ai eu l’impression d’une lutte car j’ai ressenti beaucoup de douleurs et des parties de mon corps que je ne parvenais pas à ressentir, avec mon esprit qui partait dans tous les sens. Chaque fois, il m’a fallu me reconcentrer et revenir en essayant de ne pas en être ni affectée ni déçue, sans comparer avec les expériences précédentes. Mais forcément c’était difficile ! A la fin, dans les tous derniers jours je l’ai accepté et ça a été beaucoup mieux.

Maintenant je me sens bien, apaisée, et je pense avoir travaillé sur des choses profondes que je n’avais jamais touché avant. Je ne suis pas déçue. Je suis dans la confiance : dans moi-même, dans les gens, dans les choses. J’ai beaucoup travaillé je pense sur mes doutes, mes peurs, et mes attentes. J’ai pensé à des choses anciennes, que je n’avais pourtant pas abordé dans mes stages précédents. Dans mon parcours de vie, j’ai un peu le sentiment d’avoir eu tout, tout de suite, et là ce n’était pas le cas. Ça m’a fait du bien.

J’ai pu parler avec la prof de la différence de sensations par rapport aux stages précédents. En fait, il y a beaucoup de raisons qui l’expliquent. Il y a 10 ans, lors du premier stage, j’étais en voyage, libre. J’avais la vie devant moi, ce n’était pas du tout la même situation. Les sensations dépendent de la phase de vie dans laquelle on est et de son corps, qui est lui-même différent d’une fois sur l’autre.

Il y a 10 ans, j’avais beaucoup de difficultés avec le fait de me lever très tôt le matin, de pas beaucoup manger. J’ai eu aussi la sensation d’enfermement.
Cette fois-ci, à 4h30 j’étais toujours la première et les sessions de méditation matinales étaient les meilleures.

Le but, c’est de garder cette façon de fonctionner quand en rentrant chez soi : méditer et affiner son esprit. Mais après le stage ça a été les vacances, et je n’ai pas encore réussi à pratiquer au quotidien. Sauf à demander à son conjoint de gérer notre enfant, loin de là où je pourrais m’installer, c’est difficile. J’attends donc que le rythme reprenne pour essayer de pratiquer. Cela consiste à se poser, au calme, à respirer et à balayer son corps partie par partie, en étant à l’écoute des sensations, en laissant de côté les émotions.

A l’issue du stage, chacun peut donner ce qu’il veut, en fonction de ses moyens. Moi j’ai donné 250€. Sur le moment, je me suis dit que je n’étais pas prête à refaire un nouveau stage, mais en fait, si, j’y retournerai. Peut-être en servant un cours cette fois-ci, c’est à dire en fournissant un travail bénévole, comme le ménage ou la cuisine, pour que les autres puissent pratiquer. Il y a quand même 3h de méditation par jour pour les servants. Une façon de renvoyer l’ascenseur.

Notes du troisième stage

Jours 1, 2. La paix, même pas dur de se lever le matin !

Jours 3, 4, 5. Dur dur dur, que de douleurs.

Jour 6. Je crois que je vais craquer. Je ne ressens aucun progrès sur la finesse des sensations. C’est très léger, flou, diffus et j’ai encore beaucoup de douleurs. J’ai du mal à me concentrer.

Jour 7. Du mieux. De meilleures sensations même si on est loin du free flow of vibration.

Jour 8. Ce matin réveil difficile. Première heure de 4h30 à 5h30 dans le brouillard puis reste de la matinée bien. Toujours pas de flux continu mais des sensations et la paix.

L’après-midi : la guerre ! Des douleurs horribles, des brûlures incompréhensibles. Mais qu’est-ce que je fais là ? Je me bats. Anitcha ça va passer. Je crois que je suis en train de combattre mes sankharas de peur et de doute, que je n’avais certainement pas il y a 10 ans. Il y a du boulot !

Jours 9, 10. Jusqu’au bout ça a été difficile. Peu de sensations, peu de vibrations vraiment distinctes et pas de flux continu. Je n’ai vraiment pas du tout expérimenté la dissolution du corps telle que j’avais pu la vivre lors de mes deux précédents stages. Cependant, je crois avoir vraiment travaillé sur mon mental. J’ai appris à garder l’équanimité. Anitcha. Ne pas douter. Anitcha. Rester constante et en paix. Anitcha.

Avant de clore ce témoignage

Une dernière chose, importante. Tout ça, c’est ce que j’ai vécu moi. Or il y a des milliards de façon de vivre et pratiquer la méditation Vipassanā, y compris pour une même personne, d’une session à une autre. Moi-même j’ai oscillé entre l’envie de partir en courant, et le fait de trouver ça super…
Je conseille donc y aller en étant à l’écoute, et chercher à appliquer la technique en laissant une vraie chance à cette méthode et en se battant pour que ça fonctionne, mais sans avoir d’attente particulière.

Mon témoignage a donc à la fois une valeur et en même temps peut mettre des représentations qui seraient fausses. A chacun de se rendre compte qu’il n’y a rien à projeter par rapport à ma propre expérience.

Anitcha !
(Impermanence !)

Camille surdoué méditation

Une réponse à “Douleur insupportable, amour calme : mon expérience de la méditation Vipassanā

  1. Super intéressant ! Je suis passé à des phases de méditation de 45min, et d’aller un peu plus loin m’attire et m’effraie en même temps… mais cela permet de me mettre tellement en accord avec moi-même… ça Boost ! Merci merci !!

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